« A travers des activités culturelles, je veux partager l’amour pour mon pays … »

EEntretien avec M. CÂN Van Kiet, l’organisateur des concerts de solidarité annuels de Dong-Hanh. Réalisé à Paris en mai 2016 par Minh-Nguyet

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Minh Nguyet : Bonjour chu Kiet, tout d’abord je vous remercie de m’avoir accordé votre temps pour l’entretien. Le concert de solidarité, pour sa septième représentation, est encore un succès. Sans le soutien inépuisable de votre famille, l’évènement n’aurait pas pu avoir lieu et perdure pour devenir une référence des activités de Dong-Hanh en France.

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M. CAN Van Kiet au concert de mai 2014

Pourriez-vous nous parler un peu de vous, pour comprendre votre attachement à Dong-Hanh, et d’une manière plus générale, au pays Vietnam ?

Chu Kiet (M. CAN Van Kiet) : Je vais parler brièvement de ma famille. Avec ma femme, nous étions les premiers responsables de la “Maison Vietnam” (Nhà Việt Nam) à sa création en 1981. Il s’agit d’un centre culturel de l’Union Générale des Vietnamiens de France (UGVF), avant d’être remplacée en 1998 par le Centre Culturel du Vietnam (créé par le gouvernement vietnamien). Elle nous a été confiée par l’UGVF puis passé aux autres responsables durant ses 17 ans d’existence. A sa fermeture, nous avons créé nous-mêmes une “Gallerie de la maison Vietnam”. C’était une librairie de livres rassemblant des ouvrages écrits en français et vietnamien, avec comme thème unique le Vietnam. Il y avait également des expo-ventes des produits artisanaux faits au Vietnam et nous y avons donné des cours d’enseignement de la langue vietnamienne. Nous transmettions notre amour du pays au public par la beauté de notre langue et de notre culture. En 2002, à la retraite, nous sommes revenus au siège de l’UGVF au Petit Musc, et continuons d’y enseigner le vietnamien. Vous le savez, je suis arrivé en France en 1964. J’étais adhérent à l’UGVF à l’époque, depuis les 3 dernies mandats je reviens dans le comité exécutif de l’UGVF. Toute ma vie est liée au Vietnam. Par différentes activités en France, notamment auprès de l’UGVF et de Dong-Hanh, je continue à exprimer mon amour pour le pays.

 

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Pianistes CÂN Vu Ngoc (droite) et TRAN Phuong Nam

Minh Nguyet : Vous connaissez Dong-Hanh depuis quand ?

Chu Kiet : J’ai entendu parler de Dong-Hanh pour la première fois en 2004-2005. Vous m’avez laissé une belle impression : des jeunes étudiants vivant loin de la famille et pensent à autrui, cette solidarité sincère et spontanée entre jeunes de même âge est émouvante. J’ai assisté quelques fois à la sélection des boursiers déroulée au Petit Musc. Puis ma famille et moi, nous avons commencé à soutenir Dong-Hanh en 2009 avec le premier concert de solidarité.

Minh Nguyet : D’où viennent vos inspirations pour organiser un concert ? Sachant qu’en simple aide, les donateurs pensent en premier lieu à faire un don financier, organiser un concert demande bien plus d’efforts, d’autant plus que cela devient un évènement annuel de Dong-Hanh.

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Concert en 2015

Chu Kiet : Depuis la rencontre avec des membres de Dong-Hanh, ma famille et moi, nous voulions toujours vous apporter notre soutien. C’est pour nous un moyen d’aider les jeunes en difficulté au Vietnam, d’exprimer notre patriotisme.

Pourquoi un concert ? Plus qu’un spectacle de musique, le concert rapproche des gens ayant les mêmes affinités pour le Vietnam et sensibles à l’éducation des jeunes. C’est un rendez-vous annuel qui permet des retrouvailles entre amis de Dong-Hanh et de créer de nouvelles amitiés. Dans une moindre mesure, le concert permet de lever des fonds pour financer les bourses d’études des étudiants défavorisés. J’insiste moins sur cet aspect vu la crise économique actuelle en France, et que par principe de gratuité du concert, l’argent collecté lors de la soirée est le simple fruit de la générosité de l’audience pour la jeunesse vietnamienne. Toute cette belle idée, bien entendu, ne pourrait que se concrétiser quand les conditions sont réunies. Parlons un peu de mon fils, le pianiste Can Vu Ngoc. Ngoc est né en 1973, il a passé neuf ans au Conservatoire Royal de Bruxelles après le bac. Il y est sorti en premier prix de piano, d’accompagnement et de musique de chant. Il participe depuis 7 ans en tant que artiste principal – organisateur du concert. Depuis la première représentation, Ngoc voulait toujours faire participer ses collègues et ses élèves au spectacle. Un travail collectif des artistes passionnés de la musique classique et des cœurs pour le Viet Nam. J’y vois un lien d’affection intergénérationnelle. Cet évènement rassemble la communauté des Vietnamiens en France, des Français sympathisants au pays. Il y a aussi bien la présence de la jeune génération que la moins jeune, ils comprennent tous la démarche désintéressée pour autrui, ils viennent au concert pas que pour la musique mais pour exprimer leur attachement à la jeunesse vietnamienne, à Dong-Hanh.

Minh Nguyet : Quel est pour vous le souvenir le plus mémorable après ces 7 ans de concert de solidarité ?

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M. CÂn Van Kiet avec les musiciens et les membres de Dong-Hanh (2012)

Chu Kiet : Chaque concert est différent mais toujours une joie émanant restante. Le plus grand travail c’est de la part des artistes. Nous souhaitons toujours présenter, lors du concert, au moins d’une œuvre d’un auteur-compositeur vietnamien, même si cette dernière ne fait pas partie de la musique classique, comme un rappel, une introduction à la culture Viet. Par exemple cette année la mélodie joyeuse de « Mua xuan oi » de Nguyen Ngoc Thien nous faisait rêver à l’ambiance du Têt au Vietnam…

De ma part, j’envoie environ 150 mails et lettres d’invitation chaque année aux parents et élèves de mes cours vietnamiens. Et nous avons de l’audience fidèle grandissant au fil des années !  Il y a une dame de 80 ans habitant à l’île Saint-Louis qui vient nous voir tous les ans depuis 2009. C’est très touchant ! Il y a des gens qui attendent cet évènement pour venir nous soutenir. Ils admirent la belle initiative des jeunes. Les parents et élèves d’origine Viet qui grandissent en France, voient chez vous un bel exemple à suivre : les étudiants de grandes écoles d’ingénieur, avec des difficultés d’études loin de la famille et pour autant ayant une bonté envers autrui.

Après, au fil des années, le concert s’associe à l’image de Dong-Hanh d’une manière naturelle. Monsieur Odon Vallet, puis l’Ambassade du Vietnam en France viennent témoigner leur soutien à cette occasion. D’autres associations telles Enfants du Vietnam, Association d’Amitié Franco-vietnamienne etc. sont également venues nous voir. Et le soutien fidèle du lycée Louis Le Grand pour nous réserver un emplacement prestigieux, rien n’est laissé au hasard, tout reflète la sincérité humaine sans frontières.

Minh-Nguyet : A l’occasion du 15ème anniversaire de Dong-Hanh, auriez-vous un mot à nous adresser ?

Chu Kiet : Je continue à aimer et à soutenir Dong-Hanh, c’est pour moi un moyen de vivre mon amour pour le Vietnam. Je suis prêt à vous aider pour organiser le Gala au mois de septembre. Par ailleurs, j’aimerais bien que vous continuiez à inviter les professeurs d’origine vietnamienne aux sélections des boursiers chaque année. Bonne continuation et beaucoup de courage, de détermination aux boursiers de Dong-Hanh !

Minh Nguyet : Merci chu Kiet pour vos encouragements et votre soutien depuis toujours pour Dong-Hanh. La famille Dong-Hanh n’aurait pas pu s’élargir sans des parrains comme vous.

Paris, mai 2016