Est-ce que j’ai tort d’avoir menti à ma mère ?

Je m’appelle Le Van Son et étudiant en troisième année en génie de la construction (pont routier) de l’Université des Transports de Ho Chi Minh-Ville. Je me permets de vous raconter une histoire de moi-même, l’histoire que je n’ai jamais racontée à personne d’autre.

Je suis le 6e fils d’une famille de 7 frères et soeurs dans le district de Bo Trach, province de Quang Binh – une zone rurale lointaine très pauvre au centre du Vietnam. Mon père est décédé quand j’étais en 4ème. Depuis lors, ma mère et moi avons dû travailler pour soutenir notre cinquième frère qui faisait ses études universitaires à Ho Chi Minh ville et mon petit frère qui n’avait que 10 ans car mes autres frères et soeurs ont déjà eu leur famille et donc leur préoccupation. D’ailleurs, ils habitent loin de chez vous et leur situation financière n’est pas meilleure que la nôtre et aussi très difficile. Quand j’étais en Terminale, je savais que ma mère voulait que j’aille à l’université pour continuer mes études, mais elle ne pouvait pas s’occuper de mes études du fait de son âge, plus de 50 ans. Franchement, je voulais aller à l’université, à ce moment-là, et je restais des nuits réveillé à réfléchir, si rester à la maison ou aller à l’école serait mieux. Et si je partais, qui s’occuperait de ma mère, de mon petit frère, qui travaillerait pour soutenir mon frère pendant ses études à l’université ? Finalement, j’ai décidé de participer au concours d’entrée à l’université et j’étais admis à l’Université de l’Enseignement Technique de Ho Chi Minh-Ville. À cette époque, mes grands frères et soeurs et les voisins se sont tous tournés vers moi pour me critiquer d’être trop égoïste en disant que je ne pensais pas à penser à ma mère et, tout le monde voulait que je continue à aller travailler avec ma mère dans les champs ou faire des travaux manuels pénibles sans avoir l’idée d’aller à l’université. Malgré tout ça, j’ai décidé d’aller en ville quelques mois plus tôt que la rentrée universitaire pour chercher un travail me permettant d’épargner de l’argent pour payer les frais de scolarité. Ma mère a emprunté 550 000 VND (~20€) à un voisin pour moi et j’ai utilisé 500 000 VND pour acheter un billet de bus pour partir de Quang Binh à Dong Nai.


Je me souviens encore du jour de mon arrivée à Dong Nai le 24 juin, il ne m’en restait plus que 50 000 VND (~1,8€), j’avais tellement faim, j’en ai utilisé 30 000 VND pour manger un bol de vermicelles, il ne me restait que 20.000 VND (~80cts) dans ma poche, et c’était vraiment la dernière somme que je garde encore jusqu’à maintenant comme un souvenir. J’ai commencé à chercher du travail immédiatement, quelle que soit la personne pour qui je travaille, tant que j’ai un endroit pour manger et dormir. À l’époque, les gens savaient que j’avais besoin d’argent, c’était pour ça qu’ils m’ont beaucoup exploité. Chaque jour, je devais charger et transporter 100 à 200 réservoirs d’eau de 20 litres, mais ils ne me payaient que 3 millions VND (~110€) à la fin du mois. Le soir, je travaillais comme un serveur dans un restaurant. Après 2 mois, l’argent que j’ai économisé n’était toujours pas suffisant pour payer le frais de scolarité de la première année et le frais d’inscription à l’université. Finalement, en désespoir, j’ai décidé d’abandonner mon rêve, et je suis retourné à Binh Duong pour chercher un travail en tant qu’ouvrier dans une usine pour aider ma mère. Je faisais toujours des heures supplémentaires (12 heures en total chaque jour) avec un salaire de 6-7 millions (~220 – 250€). Avec cette somme d’argent, j’ai pu gérer ma vie et aussi aider ma mère. Après 6 mois de travail dans l’usine, je pensais que je ne pourrais pas finir ma vie dans l’usine et continuer à vivre comme ça pour toujours et mon rêve d’aller à l’école est revenu. Un jour, j’ai décidé de quitter mon emploi à l’usine, d’utiliser tout l’argent économisé, environ 30 millions (~1200€). J’en ai envoyé la moitié à ma mère, et le reste, je l’ai utilisé pour acheter une vieille moto et des livres pour réviser à l’examen d’entrée à l’université une fois encore.

Je suis allé à Saigon, j’ai travaillé comme agent de sécurité pour une entreprise, chaque jour j’ai travaillé plus de 12 heures, des fois toute la journée mais en retour, je gagnais 5-7 millions VND par mois. Je passais le temps restant à étudier par moi-même pour l’examen d’entrée à l’université. J’ai finalement réussi à entrer à l’Université des Transports, ingénierie de la construction, la mention Pont routier. Je savais que si j’irais à l’école, je ne pourrais plus travailler, la question de savoir où trouver de l’argent pour payer mes dépenses quotidiennes se tournait donc tout le temps dans ma tête. J’ai décidé de mentir à ma mère, que j’ai été adopté par un enseignant parce que ma mère était âgée, je ne voulais pas que ma mère s’inquiète de moi. Ma mère, elle est toujours triste de ne pas avoir d’argent pour que je puisse aller à l’école comme les autres camarades. Je ne veux plus que ma mère s’inquiète de moi. Lors des moments de Nouvel An, ma mère m’a demandé pourquoi je ne rentrais pas à la maison. De tout coeur, c’est toujours mon désir de pouvoir rentrer à la maison pour fêter le Nouvel An avec la famille, mais d’où vient l’argent pour acheter les billets aller-retour sachant qu’ils sont trop chers durant ces moments et puis si je paie les billets, comment faire pour payer mes études ? À ce moment-là, dans une main, je tenais une serviette pour nettoyer la table du restaurant, dans l’autre je prenais le téléphone et j’ai répondu à ma mère: « Cette année, mon professeur ira voyager, alors, je dois rester pour m’occuper de sa maison. Je suis très heureux ici, maman, et le professeur s’occupe de ma scolarité ». Jusqu’à présent, ma mère ne sait toujours pas que je dois travailler dur pour aller à l’école. Est-ce que j’ai tort d’avoir menti à elle ?

Après beaucoup d’efforts, j’ai terminé le premier semestre, bien que je mange et boive très peu, la somme d’argent que j’ai économisé grâce au travail supplémentaire n’est pas suffisante pour payer mes frais de scolarité. Mes amis m’ont présenté la bourse Dong Hanh, et j’ai décidé d’y candidater. Grâce à l’aide de Dong Hanh, j’ai pu passer cette période difficile-là. Je vous ai promis de toujours faire des efforts, quelle que soit la difficulté. Ma note moyenne cumulative jusqu’à présent est de 7,55/10 et le dernier semestre, j’ai atteint 8,05/10, classé 5ème dans la faculté. Pour gagner de l’argent, je travaille actuellement en tant que gardien de sécurité dans une agence de sécurité à Ho Chi Minh ville. Chaque nuit, je travaille 12 heures de 18h00 à 5 heures du matin du lendemain (j’ai également 4-5 heures de sommeil). En dehors de l’école, je travaille aussi comme serveur dans un café. Le salaire de ces travails m’a aidé à payer mes dépenses quotidiennes et mes frais de scolarité. C’est pourquoi je n’ai pas candidaté pour la bourse l’an dernier parce que je savais qu’il y avait sans doute beaucoup d’étudiants qui sont en difficulté et ont besoin d’aide. Cependant, cette année, je suis déjà en 3ème année, avec la spécialisation en cours, le programme d’études devient beaucoup plus lourd, qui ne me permet plus d’avoir beaucoup de temps pour travailler. Depuis longtemps, j’ai mis à côté une partie de mon salaire car je voulais acheter un ordinateur (je ne l’ai pas un jusqu’à présent) car l’étude de construction nous demande de savoir utiliser des logiciels de calcul. Cependant, je n’en ai toujours pas suffisamment pour faire des projets et des mémoires en dernière année. J’ai donc décidé de vous solliciter en espérant que vous pourriez m’aider, et avec l’argent que j’ai économisé, je pourrais acheter un vieil ordinateur pour commencer à préparer mon prochain projet et la mémoire de fin d’études. Plus tard, lorsque j’aurais obtenu mon diplôme, je promets de retourner aider d’autres étudiants défavorisés comme ce que Dong Hanh me fait depuis toujours.

Traduction : Nguyen Thi Hong Nhung